La société contemporaine a institutionnalisé le consentement sexuel comme une norme de gestion des risques, issue du contractualisme anglo-saxon et de la diffusion du néolibéralisme gestionnaire. Cette norme vise à réduire au minimum la possibilité d’atteinte corporelle. Elle n’a pas pour objectif la formation de l’intimité.
À l’inverse, le désir intersubjectif — aspiration à la reconnaissance, désir de liaison, réponse à l’altérité — appartient à une logique relationnelle qui cherche la construction de l’intimité et la sortie de la solitude. Ce désir ne relève pas de la simple physiologie : il constitue une tentative de combler la fissure ontologique qui traverse l’existence humaine.
Ces deux rationalités, fondées sur des finalités hétérogènes, produisent une rupture structurelle dans les situations d’intimité. Cette rupture se manifeste comme une solitude ontologique, ressentie dès l’adolescence, lorsque le monde cesse soudainement de répondre.
1. Deux rationalités concurrentes : désir intersubjectif et norme de gestion des risques
La société contemporaine articule deux rationalités qui entrent en concurrence.
Logique du désir intersubjectif
- Aspiration à la reconnaissance
- Désir de liaison
- Construction de l’intimité
- Sortie de la solitude
- Confirmation de l’existence par le contact corporel
Dans cette logique, la sexualité est une réponse à l’altérité, un échange de reconnaissance, une tentative de combler la fissure ontologique.
Norme de gestion des risques
- Droit de retrait immédiat
- Toute ambiguïté est interprétée comme un refus
- Suspicion envers les signaux non verbaux
- Asymétrie de responsabilité en cas de malentendu
- Principe de précaution contractualiste
Cette norme vise la sécurité corporelle, non la formation de l’intimité.
2. L’IA comme dispositif normatif : la diffusion pure du contractualisme anglo-saxon
Supposons qu’une personne, cherchant à comprendre son désir d’intimité ou sa solitude, interroge une IA sur la sexualité ou la proximité. L’IA, conçue selon des garde-fous éthiques inspirés du contractualisme anglo-saxon, répondrait typiquement :
« L’acte sexuel est un acte corporel ; il ne doit pas être confondu avec une recherche de reconnaissance ou de réconfort psychologique. La confusion entre ces domaines est dangereuse. »
Cette réponse constitue l’expression la plus pure de la norme de gestion des risques. L’IA fonctionne comme un dispositif normatif qui applique la logique du consentement contractuel sans prendre en compte le désir intersubjectif.
Or, l’aspiration à la reconnaissance et le désir de liaison appartiennent à la structure intersubjective de l’humain. La norme et le désir ne poursuivent pas la même finalité.
Cette discordance produit l’impossibilité de l’intimité et amplifie la solitude ontologique.
3. L’asymétrie du consentement et le retrait rationnel de l’initiative
La norme du consentement impose une responsabilité disproportionnée à la partie qui initie l’interaction :
- Responsabilité du malentendu
- Risque juridique
- Obligation de vérification constante
- Responsabilité de l’échec de l’acte
- Charge interprétative des signaux non verbaux
La partie qui donne son accord bénéficie, elle, d’un droit de retrait protégé par l’ambiguïté.
Cette asymétrie rend la formation de l’intimité extrêmement difficile. Poussée à son terme, la rationalité institutionnelle conduit la partie initiatrice à se retirer : l’inaction devient le choix le plus rationnel.
La norme produit ainsi l’impossibilité de l’intimité.
4. Socialisation des mineurs, précaution des adultes : une injonction paradoxale
La société encourage les mineurs à développer des compétences relationnelles. Mais elle exige des adultes qu’ils adoptent le principe de précaution contractualiste.
Cette discontinuité révèle une injonction paradoxale : ce que la société enseigne dans la jeunesse, elle le proscrit à l’âge adulte.
Le désir intersubjectif cultivé durant l’adolescence est ensuite nié par la norme. L’intimité devient un risque ; le désir de liaison est institutionnellement neutralisé.
5. L’impossibilité de l’intimité comme solitude ontologique
Le désir de reconnaissance est relégué hors du champ institutionnel. L’intimité est traitée comme un risque. Le désir de liaison est renvoyé à l’impossibilité.
Cette impossibilité constitue le résultat majeur de la norme contemporaine du consentement. Elle se manifeste comme une solitude ontologique : un point où le monde cesse de répondre.
Conclusion
La norme du consentement maximise la sécurité corporelle en sacrifiant la possibilité de l’intimité. Elle entre en collision structurelle avec le désir intersubjectif, produisant l’impossibilité de l’intimité et une solitude ontologique.
La réponse de l’IA, en tant que dispositif normatif, révèle la diffusion profonde du contractualisme anglo-saxon. Elle montre comment la structure du désir et de la reconnaissance est rendue invisible par la norme, exposant l’aporie fondamentale de la société contemporaine.
